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Fatigue numérique au travail : chiffres, loi et 5 solutions

Fatigue numérique au travail : les chiffres en France, ce que le droit à la déconnexion ne couvre pas et 5 mesures à proposer au CSE.

Publié le 8 octobre 2026 11 min de lecture

Écrit par Nicolas Carrion créateur de pourquoi.app

Une réunion qui déborde sur la suivante, des dizaines de mails non lus au retour, une conversation Teams qui clignote, le téléphone qui vibre dans la poche. Et le soir, l’impression d’avoir couru toute la journée sans avancer sur l’essentiel.

On parle de plus en plus de fatigue numérique, ou de fatigue informationnelle. Le terme n’a rien de médical : il désigne la lassitude qui vient d’un trop-plein d’informations à traiter (l’infobésité) et d’une connexion qui ne s’arrête jamais (l’hyperconnexion). Et en France, les chiffres montrent que ce n’est pas qu’une impression.

En bref : la fatigue numérique, c’est la lassitude qui vient d’un trop-plein de mails, de messages et de réunions. En France, selon le référentiel 2026 de l’Observatoire de l’infobésité et de la collaboration numérique (OICN), un collaborateur cumule 3 h 29 d’interruptions numériques par semaine, un manager 6 h 36 et un dirigeant 11 h 08.

Le droit à la déconnexion, inscrit dans le code du travail depuis 2016, protège surtout le soir, le week-end et les congés. La journée de travail, elle, reste à organiser.

Les mesures les plus simples sont collectives et gratuites : des créneaux sans réunion ni messages, un délai de réponse écrit, l’envoi différé des mails, des notifications regroupées.

Une précision avant d’entrer dans les chiffres : je développe pourquoi.app, une app sur notre usage du téléphone, que je propose aussi aux entreprises. Je ne suis donc pas neutre sur le sujet. J’en parle à la fin, en quelques lignes ; tout le reste renvoie à des sources que vous pouvez ouvrir.

Infobésité et hyperconnexion au travail : les chiffres en France

L’OICN réunit des entreprises, des organismes publics, des chercheurs et des experts de la surcharge d’information. Chaque année, il publie un référentiel, une sorte de baromètre. Pas un sondage : des mesures, tirées des traces numériques des messageries professionnelles. Le référentiel 2026, sorti en mai, couvre près de 30 000 personnes dans neuf organisations, sur l’année 2025 ; celui de 2025 en couvrait 17 000. Le tableau reprend les deux.

Poste Mails reçus par semaine (référentiel 2025) Heures de réunion par semaine (référentiel 2025) Interruptions numériques par semaine (référentiel 2026)
Collaborateur 115 environ 10 h 3 h 29
Manager 243 environ 22 h 6 h 36
Dirigeant 390 environ 36 h 11 h 08

Sources : référentiel OICN 2025 et référentiel OICN 2026. Un mot sur les interruptions : l’OICN n’explique pas son calcul dans le communiqué. Il précise seulement que ces heures n’incluent pas le temps qu’on passe ensuite à traiter ce qu’on a reçu.

Trois tendances ressortent :

  • Les outils s’ajoutent sans se remplacer. Sur les tchats d’entreprise, chacun poste près de 110 messages par semaine, en hausse de 51 % par rapport au référentiel précédent. Les mails reçus, eux, augmentent encore de 6,1 %.
  • Le travail déborde. En 2025, 14 % des mails des collaborateurs partent avant 9 h ou après 18 h, 19 % pour les managers et 27 % pour les dirigeants. Les dirigeants, eux, se connectent pendant 46 % de leurs week-ends.
  • Les espaces collaboratifs restent en marge. Les trois quarts des personnes (74 %) n’y contribuent pas.

Deux limites à garder en tête. D’abord, neuf organisations pour près de 30 000 personnes : ce sont en moyenne de grandes structures, et les volumes d’une PME de 40 salariés peuvent être très différents. Les mécanismes, eux, se retrouvent partout : le groupe WhatsApp de l’équipe qui sert aussi le dimanche, le responsable qui écrit le soir parce que c’est le seul moment calme, et qui ne demande aucune réponse, mais en reçoit quand même.

Ensuite, ces chiffres ne concernent que les personnes qui ont une messagerie professionnelle, et ils mesurent les outils de l’entreprise. Les équipes de terrain sans boîte mail n’y apparaissent pas, et le téléphone personnel non plus.

Téléphone personnel au travail : ce que les notifications n’expliquent pas

Le téléphone personnel s’ajoute aux outils de l’entreprise, et on accuse volontiers ses notifications. Une étude de la London School of Economics nuance ce réflexe. Maxi Heitmayer et Saadi Lahlou ont fait porter à 37 personnes de 21 à 29 ans une petite caméra qui filmait ce qu’elles voyaient, au travail comme ailleurs, puis ont revu les images avec elles. Sur 1 130 utilisations du téléphone, 89 % avaient été lancées par la personne elle-même, sans notification. Le téléphone revenait en main toutes les cinq minutes environ, pour un peu plus d’une minute en moyenne.

Ce n’est pas une question de volonté ni de sérieux. Si le téléphone dérange, c’est surtout à cause d’habitudes apprises, pas de l’appareil, concluent les auteurs. Couper les notifications aide donc, mais ne suffit pas : le geste, lui, reste.

Une autre étude, menée aux Pays-Bas, montre ce que ces coups d’œil coûtent dans la journée. Daantje Derks et ses collègues ont suivi 86 salariés pendant cinq jours de travail, avec un court questionnaire chaque jour. Plus le téléphone personnel les interrompait, moins ils avançaient dans leurs tâches, et plus ils finissaient la journée frustrés. Et plus ils étaient frustrés, plus ils ressassaient le travail le soir.

Ce sont de petites études, 37 personnes d’un côté, 86 de l’autre : elles décrivent un mécanisme, pas ce qui se passe dans votre entreprise. Mais elles disent une chose utile pour la suite : la fatigue du soir se prépare aussi pendant la journée. Côté individuel, j’ai détaillé ailleurs comment protéger sa concentration sans bloquer son téléphone.

Un homme consulte son téléphone devant son ordinateur portable ouvert, à une table près d'une fenêtre
L’ordinateur ouvert, le téléphone en main : la plupart de ces coups d’œil ne viennent d’aucune notification.

Droit à la déconnexion : ce que dit la loi, et ce qu’elle laisse de côté

Le droit à la déconnexion figure dans le code du travail depuis la loi Travail du 8 août 2016 (loi n° 2016-1088, article L2242-17). Le texte ne fixe pas de règle unique : il renvoie à la négociation dans chaque entreprise.

Êtes-vous concerné ? Si votre entreprise a un délégué syndical, oui. Le droit à la déconnexion fait alors partie d’une négociation obligatoire, comme celle sur les salaires. Elle porte sur l’égalité professionnelle et la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT), en principe chaque année. À défaut d’accord, l’employeur rédige une charte, après avis du comité social et économique (CSE), l’instance élue qui représente le personnel. L’INRS, l’organisme de référence sur la prévention des risques au travail, rappelle que cette charte doit prévoir des actions de formation et de sensibilisation à un usage raisonnable des outils numériques.

Et sous 50 salariés ? En général, ni accord ni charte ne sont obligatoires. Mais deux règles valent quelle que soit la taille. Les salariés au forfait jours doivent connaître les modalités de leur droit à la déconnexion, fixées par accord ou, à défaut, par l’employeur (article L3121-65). Et l’employeur reste tenu de protéger la santé de ses salariés, y compris face aux risques de l’hyperconnexion, comme le rappelle la CAPEB, l’organisation professionnelle des artisans du bâtiment.

Et il y a ce que la loi ne dit pas : elle ne fixe ni horaires ni sanction spécifique. C’est à chaque entreprise de fixer ses règles. En juin 2026, le sénateur Alexandre Basquin a interrogé le gouvernement sur ce flou, dans une question écrite. Elle attend toujours sa réponse.

Surtout, la loi est faite pour protéger les temps de repos, les congés et la vie personnelle. C’est essentiel, mais la fatigue numérique se fabrique pendant la journée : réunions enchaînées, tchats, mails, coups d’œil au téléphone. Et on l’a vu avec l’étude néerlandaise : une journée hachée se paie aussi le soir. Une charte qui coupe les mails après 20 h, sans rien changer à la journée, ne traite qu’une partie du problème.

Fatigue numérique : 5 mesures pour un accord ou une charte de déconnexion

Les quatre premières mesures ne demandent ni budget ni logiciel. Elles ont leur place dans un accord, dans une charte, ou simplement dans un engagement d’équipe. Elles sont collectives, parce qu’une personne seule ne peut pas décider que l’équipe arrête d’écrire sur le tchat à 10 h.

1. Des créneaux sans réunion ni messages

Deux matinées par semaine, par exemple, sans réunion interne, avec un statut « concentration » que tout le monde respecte. Le créneau doit être collectif : si une seule personne s’isole, elle rattrape ensuite tout ce qui s’est dit sans elle. Commencez par une seule équipe, et regardez au bout d’un mois ce qui a tenu.

2. Un délai de réponse écrit

La pression vient souvent d’une attente implicite : « S’il m’écrit, il attend une réponse tout de suite. » Écrire la règle aide à la désamorcer. Par exemple : on répond aux messages du tchat dans la journée, aux mails dans les 48 heures, et pour l’urgent, on appelle.

3. L’envoi différé, surtout pour les managers

Chacun peut écrire quand il veut, à condition que le message parte aux heures de travail. Outlook et Gmail permettent tous les deux de programmer l’envoi. C’est d’abord l’affaire des managers et des dirigeants, qui envoient 19 % et 27 % de leurs mails avant 9 h ou après 18 h : un message du chef à 22 h, même sans demande de réponse, se lit souvent comme une demande.

4. Des notifications regroupées

Couper les notifications des canaux non urgents, et consulter la messagerie à heures fixes plutôt qu’au fil de l’eau. La plupart des téléphones permettent de regrouper les notifications ou de les mettre en sourdine à certaines heures (sur iPhone, c’est le Résumé programmé). Utile, mais limité : on l’a vu, la plupart des coups d’œil au téléphone partent sans notification.

Pour les équipes de terrain, les mesures 2 et 3 valent aussi pour le groupe WhatsApp des chefs d’équipe ou les SMS : un délai de réponse écrit, les consignes du lendemain envoyées avant la fin de la journée plutôt qu’à 21 h, et l’urgent par un appel.

5. Un outil personnel, proposé et jamais imposé

Les quatre premières mesures règlent ce qui vient des autres. Reste ce qui vient de chacun, et là, interdire le téléphone ou l’éloigner ne suffit pas. Dans une autre étude, publiée en 2025, Maxi Heitmayer a installé 22 personnes dans une salle de l’université, chacune avec son propre travail, pendant deux séances d’environ cinq heures : l’une avec le téléphone à portée de main, l’autre avec le téléphone posé à 1,5 mètre. Loin d’elles, le téléphone a servi deux fois moins (15 minutes au lieu de 29). Mais le temps de loisir sur l’ordinateur a plus que doublé (1 h 06 au lieu de 27 minutes), et le temps de travail est resté le même. La distraction avait simplement changé d’écran.

Mieux vaut donc travailler sur le geste lui-même, avec un outil qui appartient à chacun. Les tableaux de bord intégrés aux téléphones (Temps d’écran sur iPhone, Bien-être numérique sur Android) aident déjà à voir où part le temps ; pourquoi.app, que je présente plus bas, est un autre outil. Quel que soit l’outil, trois conditions : il est proposé, jamais imposé ; il ne bloque rien, sinon on apprend surtout à le contourner ; et aucune donnée individuelle ne remonte à l’employeur. Sans cette dernière condition, l’outil deviendrait un outil de surveillance, et personne ne jouerait le jeu.

Ce que pourquoi.app propose aux entreprises

pourquoi.app est une application iOS et Android qui demande « pourquoi maintenant ? » quand on ouvre une des apps qu’on a choisies, sans rien bloquer. Six réponses possibles : « Communiquer », « Chercher », « Travailler », « Me divertir », « Sans raison » ou « Autre ». Puis l’app s’ouvre, ou on la referme. Les réponses restent sur le téléphone.

Pour les entreprises, je propose d’abord un temps collectif avec les équipes : un atelier de 15 à 20 personnes ou une intervention plénière, de 60 à 90 minutes, sur place ou à distance. On n’y fait pas la leçon : chacun regarde ses propres usages. Les participants ont ensuite accès à l’application, jusqu’à douze mois. On peut faire un point d’étape, par exemple à huit semaines : un questionnaire anonyme, avant et après, donne une mesure collective. L’employeur reçoit cette mesure, le nombre d’accès activés et un compte rendu de l’atelier sans aucun nom. Jamais les réponses de chacun, son temps d’écran ou ses applications. Il n’y a aucun compte à créer, et rien à déployer côté informatique. La démarche se finance sur un budget QVCT, prévention, RSE (responsabilité sociale de l’entreprise) ou CSE, et je vous envoie un devis sous 48 heures.

Deux limites, pour être clair. pourquoi.app agit sur le téléphone, pas sur l’ordinateur, où la distraction peut se déplacer : elle complète les mesures collectives ci-dessus, elle ne les remplace pas. Et aucune étude n’a testé pourquoi.app elle-même.

Vous préparez un accord sur la déconnexion, une charte ou une semaine QVCT ? Écrivez-moi en précisant votre organisation, l’effectif concerné et le contexte : le détail de l’offre et mon adresse sont sur la page entreprises.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la fatigue numérique au travail ?

C’est la lassitude qui vient d’un trop-plein de sollicitations numériques : mails, messages, réunions en visio, notifications. Le terme n’a pas de définition médicale. Il recouvre deux phénomènes : l’infobésité, c’est-à-dire plus d’informations qu’on ne peut en traiter, et l’hyperconnexion, le fait de rester joignable en permanence.

Qu’est-ce que l’infobésité ?

C’est la surcharge d’information : recevoir plus de mails, de messages et de sollicitations qu’on ne peut en traiter. En France, selon le référentiel 2025 de l’Observatoire de l’infobésité et de la collaboration numérique, un collaborateur reçoit environ 115 mails par semaine, un manager 243 et un dirigeant 390.

Comment lutter contre la fatigue numérique au travail ?

En combinant des règles collectives et un outil personnel. Côté collectif : des créneaux sans réunion ni messages, un délai de réponse écrit, des notifications regroupées et l’envoi différé des mails. Côté individuel : un outil proposé à chacun, qui aide à remarquer ses propres réflexes sans rien bloquer ni surveiller. Interdire ou éloigner le téléphone ne suffit pas : la distraction peut passer sur l’ordinateur.

Le droit à la déconnexion est-il obligatoire ?

Oui, dans un cadre précis. Depuis la loi du 8 août 2016 (article L2242-17 du code du travail), les entreprises qui ont un délégué syndical doivent l’inscrire dans leur négociation sur la qualité de vie et des conditions de travail. À défaut d’accord, l’employeur rédige une charte, après avis du CSE. La loi ne fixe en revanche ni horaires ni sanction spécifique.

Le droit à la déconnexion s’applique-t-il sous 50 salariés ?

En partie. Une entreprise de moins de 50 salariés n’est en général tenue ni de négocier un accord ni de rédiger une charte. Mais les salariés au forfait jours doivent connaître les modalités de leur droit à la déconnexion, fixées par accord ou, à défaut, par l’employeur (article L3121-65 du code du travail). Et l’employeur reste tenu de protéger la santé de ses salariés, quelle que soit la taille de l’entreprise.

Qui écrit ici

Je suis Nicolas Carrion, et j’ai conçu et développé pourquoi.app, une app sur notre rapport au téléphone. Je ne suis ni juriste ni médecin du travail : chaque chiffre et chaque texte cité ici renvoie à sa source ; toutes ont été vérifiées le 5 octobre 2026. Pour une question juridique sur votre accord ou votre charte, l’INRS et votre service de prévention et de santé au travail restent les bons interlocuteurs. Mon parcours et les moyens de me joindre sont sur la page à propos.

Et dans votre entreprise ?

pourquoi.app propose aux entreprises un temps collectif avec les équipes, puis l’application pendant les mois qui suivent, sans aucune donnée individuelle qui remonte à l’employeur. Dites-moi votre organisation, l’effectif concerné et le contexte : je vous réponds avec une proposition.

Écrire à contact@pourquoi.app Voir l’offre entreprises

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